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Tapas Insolite


Ce soir-là, j'avais rendez-vous dans une chambre d’hôtel liégeoise qui se voulait un clin d’œil à Bali, version budget serré. Réservé à la dernière minutes, il ne restait que ça. La pièce était étriquée, le lit presque à même le sol, souligné par un long miroir mural - un choix de décoration qui flirtait avec le kitsch d'un hôtel de passe...

Le grincement du parquet sous la douche avait ce côté sinistre, comme si chaque pas pouvait être le dernier avant de chuter à travers le plancher. Les douches étaient une épreuve contre la montre, non pas par choix, mais parce que le chauffe-eau semblait avoir renoncé à toute velléité de performance. J'avais pris l'habitude de nier le manque d'eau chaude, feignant la surprise à chaque remarque des visiteurs - une solidarité muette avec le personnel de l'hôtel.

En attendant mon invité du soir, je me glisse dans ma tenue de scène : une robe en latex épousant chaque courbe, rehaussée par un corset dessinant ma taille. Mon sac de sport ouvert révèle un arsenal de tenues, tandis que ma lourde valise de jouets et de matériel repose discrètement dans un coin.


Il n’avait pas été très bavard dans sa présentation, il me dit que nous étions déjà rencontré. J’étais débordée, je n’ai pas vérifier. La sodomie était sa pratique favorite. C’est tout ce que je savais.

Il arrive, ponctuel. De stature moyenne, emportant quelques kilos en trop, ses cheveux châtains et son regard surpris trahissent une trentaine d'années. Sa surprise se mue en confusion lorsqu'il réalise son erreur : il s'attendait à une certaine Clara, mais une erreur l'a conduit à ma porte. Peu importe, semble-t-il conclure, captivé malgré lui.

Après une douche aux notes crépitantes, il s'installe à mes pieds, révélant une attente pour le moins inattendue : le BDSM n'est pas son monde; ce qu'il recherche, c'est une exploration plus... gastronomique de ses désirs. "Tu n'aurais pas des légumes dans ta valise? Concombres, courgettes ?" me lance-t-il tout naturellement, espérant transformer une fantaisie en réalité.

Moi, face à cette demande hors du commun, je ne peux m'empêcher de sourire, amusée et intriguée. "Les désirs insolites ne me sont pas étrangers," lui répondis-je, "mais tu viens d'ajouter une touche tout à fait inattendue. Je n’ai pas prévu ça."

La requête de mon visiteur du soir m'avait laissée perplexe, un sourire mi-amusé, mi-intrigué flottant sur mes lèvres. "Je dois avouer," commençai-je, la voix teintée d'une surprise feinte, "que je ne trimbale pas couramment des légumes dans mon équipement..." Sa déception était palpable, un mélange de surprise et de désarroi colorant ses traits.

Ne souhaitant pas le laisser sur sa faim – au sens propre comme au figuré – je lui proposai une alternative : un des joyau de ma collection personnelle, j’ai toutes les tailles et formes. Hélas, cette proposition sembla le froisser davantage, au point où il menaça de quitter les lieux sans régler sa note. "Très bien," me dis-je, une idée folle germant dans mon esprit, "explorons d'autres horizons."

La solution ? Le service d'étage. Je décrochai le téléphone, composant le numéro de la réception avec une assurance feinte. La voix familière de la réceptionniste me parvint, teintée d'un professionnalisme routinier. Sa confusion fut palpable lorsque ma demande insolite franchit le seuil de l'ordinaire. "Des légumes ?" répéta-t-elle, incrédulité et curiosité se mêlant dans son ton. "Pourquoi faire ?"

"Disons que j'ai une envie soudaine de concombres, ou de courgettes. Un truc dans le genre" rétorquai-je, l'œil pétillant d'une malice que seule la situation pouvait justifier. Les options étaient maigres : des tapas ou un croque-monsieur. "Qu'y a-t-il exactement dans le premier ?" demandai-je, espérant trouver une solution de rechange acceptable.

"Saucisson, fromage, olives, bretzel..." énuméra-t-elle, visiblement perdue dans cette conversation surréaliste.

"Parfait, on va essayer. Envoyez-moi cela, avec un coca zéro, s'il vous plaît."

Mon interlocuteur, curieux, me questionna sur le contenu de la commande. "Qu'est-ce que c'est ?" Son intonation trahissait une pointe d'excitation mêlée d'anxiété. "Tu verras," répondis-je, un sourire espiègle ourlant mes lèvres, promesse d'une soirée qui, contre toute attente, s'annonçait des plus mémorables.

J’ insista pour recevoir mon offrande, je n’aimais pas le chantage qu’il m’avait fait. Je voulais pouvoir continuer la soirée en étant libre de cette formalités.

Lorsque le room service frappa à notre porte, apportant la commande tant discutée, l'atmosphère était chargée d'une anticipation électrique. Ce qui avait commencé comme une soirée aux attentes déroutantes se transformait désormais en une aventure culinaire des plus insolites.

La déception de mon invité était palpable, une ombre de regret traversant brièvement son regard. Lui, qui rêvait d'un concombre long, large et dur, se retrouvait face à une assiette de mini saucissons secs – une différence de calibre qui n'échappait à personne. Mais loin de se laisser abattre par les caprices de la réalité, je prends la situation avec humour. Après tout, son plaisir ultime résidait dans l'acte libérateur d'expulser ces mets insolites dans les toilettes et non pas dans la sodomie en elle-même.

Glissant mes mains dans des gants en latex, je saisis la bouteille de lubrifiant avec un sérieux tout professionnel, prête à relever ce défi gastronomique. Les saucissons d'abord. La forme semble parfaite. Le temps d’ouvrir les portes du temples… Mon esprit, flottant entre amusement et incrédulité, ne pouvait s'empêcher de faire le parallèle avec cet épisode de South Park où l'absurde côtoie le quotidien. Comment manger avec son cul (How to Eat with Your Butt en version originale) qui est le dixième épisode de la cinquième saison de la série animée South Park.  semblait, dans un élan de folie douce, devenir notre scénario.

Le processus, entamé avec une touche d'humour noir, se poursuivait sans accroc. Les saucissons, désormais compagnons de cette aventure lubrifiée, trouvaient leur chemin. Son sourire, élargi par la satisfaction d'un fantasme réalisé, précédait son départ triomphal vers la salle de bain. Là, dans l'intimité de ce sanctuaire moderne, il se livrait à une double extase, libérant les saucissons tout en s'adonnant à un plaisir solitaire.

Les olives suivirent, leur nature déjà lubrifiée offrant une facilité inattendue à l'entreprise. Il répéta son pèlerinage vers la salle de bain, chaque voyage marqué par une joie enfantine, un sourire niais sur le visage.

Puis, mon regard se posa sur le reste du plateau. Le fromage, avec sa consistance capricieuse, promettait un défi de taille. Quant aux bretzels, leur rigidité et leurs formes semblait défier les lois de la nature pour cet usage particulier. Un soupir m'échappa, mêlé d'amusement et de résignation. "Eh bien," me dis-je, "plus que 15 minutes, et je peux me sauver !"

Dans cette soirée où l'insolite devenait norme, chaque moment était une invitation à repousser les limites du conventionnel. Entre rires étouffés et étonnement, nous naviguions sur les flots tumultueux du désir non conventionnel, découvrant ensemble que, parfois, l'aventure la plus mémorable peut commencer sur un plateau de tapas inattendu.

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